Critique de la semaine

« DESPORTS »,larevuequiréconcilielesportetlalittérature

Ce n’était pas une mince affaire! Comment réconcilier un sujet souvent déconsidéré comme le sport et l’art noble qu’est la littérature? C’est le pari que ce sont lancés Victor Robert (journaliste Canal+, l’Effet Papillon) et Adrien Bosc en créant la revue « Desports ». Revue qui pourrait être qualifiée de « mook », contraction de magazine et book, « Desports » s’impose comme beaucoup plus que cela. Couverture lourde et cartonnée, graphisme impeccable, papier épais, parfum d’encre, « Desports » s’annonce comme une encyclopédie en devenir des liens de la littérature, du journalisme et du sport.

Dans ce premier numéro, 296 pages qui nous font passer de la petite reine au foot, de grands textes du genre à des inédits, de reportages en interviews. L’équipe qui compose le numéro 1 est prestigieuse : DeLillo, Sepúlveda, Maylis de Kerangal, Denis Podalydès, mais aussi Zlatan, Pierre-Louis Basse, Denis Grozdanovitch, Bernard Chambaz et, dans le cahier central la première approche d’une «Archéologie de la culture sportive»: les vignettes Panini.

On y découvre aussi que le grand écrivain et poète Luis Sepulveda fut avant-centre dans l’équipe des Minimes de Santigo dans « J’avoue que j’étais un buteur » mais aussi le récit d’une amitié peu connue entre le champion noir Jesse Owens et le poulain de l’Allemagne Nazie, Luz Long par Pierre-Louis Basse, ou encore l’histoire du poète Arthur Cravan, ami des dadaïstes et des surréalistes, prétendu neveu d’Oscar Wilde, qui affronta le premier champion noir Jack Johnson à Barcelone en 1916. Les plus curieux découvriront également le « Saute-Chameau », sport national des guerriers Yéménites ou les liens qui unissent football, corruption et politique en Amérique Latine.

Drôle, émouvant, puissant, passionnant, et surtout bénéficiant de grandes plumes et donc de textes extrêmement bien écrits, ce premier numéro de la revue Desport succède dans son esprit à la flamme qui animait de grands journalistes et reporter, tel qu’Albert Londres (auteur de Les Forçats de la route, sur le tour de France en 1924) ou Antoine Blondin dans « L’Equipe ».

Née d’une idée, celle du sport et de ses multiples facettes comme élément d’inspiration des écrivains, penseurs, cinéastes, philosophes de toutes les époques, « Desports » redonne ses lettres de noblesse, à une activité souvent décrite comme « non intellectuelle ». Comme le disent si bien les auteurs Victor Robert et Adrien Bosc dans leur édito :  » il est temps d’abolir les frontières entre sujets dignes et futiles! »