Critique de la semaine

Découvrezlelivre:« Rugbyàcharges »

Alors que depuis de nombreuses années, le cyclisme semblait être le bouc-émissaire idéal lorsqu’il s’agissait d’évoquer le dopage dans le sport de haut niveau, cette place peu enviable aurait été récupérée récemment par le rugby. Et ce n’est pas le dernier livre « Rugby à charges » de Pierre Ballester qui devrait changer la donne. L’auteur en question n’est pas un novice en matière d’enquêtes et de révélations chocs. En effet, c’est lui qui avait publié « L.A Confidentiel » dans lequel il divulguait le dopage du cycliste américain Lance Amstrong.

Dans ce nouveau bouquin, Ballester met en exergue un monde de l’ovalie qui a changé depuis le passage au professionnalisme en 1995. Pour supporter la charge de travail ainsi que les matchs à haute intensité, il faut prendre de la masse musculaire. Ainsi, les corps se modifient et l’on voit apparaître amphétamines et autres substances plus complexes. Alors que le livre est sortie aux éditions « La Martinière » le 5 mars, l’hebdomadaire « L’Express » avait publié quelques jours avant des extraits. Pour étayer sa théorie, Ballester s’appuie sur le témoignage accablant de Jacques Mombet, ancien médecin du SU Agen de 1960 à 1975 mais aussi des Bleus entre 1975 et 1995.

– « Les amphétamines ont toujours existé dans le rugby et ailleurs. Dans les années 1970, des équipes entières en prenaient, d’autres non. Je me souviens d’un match de championnat, entre Fleurance et Marmande je crois, au cours duquel l’arbitre a pris peur! Les joueurs avaient tous la bave aux lèvres, ils se mettaient des marrons même entre équipiers! Il a dû arrêter le match », révèle le médecin partagé sur la légalité ou non de la prise de ce type de produits à l’époque. « Non, ce n’était pas interdit. En tous les cas, on en trouvait partout, ce n’était pas difficile de mettre la main dessus. Enfin, il faut se remémorer le contexte […]. Vous savez, à cette période, le sport était loin d’être le même: pas d’agence antidopage, pas de prévention. C’était comme ça, à l’époque… »

– « Aux repas, les joueurs avaient «chacun leur pilule devant leur assiette». Il s’agissait à l’époque de Captagon ou de Maxiton. Le médecin affirme que cette médication était systématique à tous les matches mais concernait surtout certains joueurs. « C’était surtout les avants qui étaient concernés en raison du combat qui les attendait dans les mêlées, moins les lignes arrière », poursuit-il en écartant quelques noms, Blanco, Sella, Berbizier, « Non, pas eux. Ou alors, c’était très exceptionnel. »

Si certains parlent de vengeance contre son ancien employeur, la Fédération Française de Rugby, ou encore de coup médiatique, au final, Ballester dénonce un dopage « à la papa« , plus qu’une organisation comparable à celle de l’affaire Festina!