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Retoursurunmonstredusport:MartyReismanalias« l’aiguille »

Dans sa maintenant traditionnelle série des « Monstre du Sport », E-TV Sport revient sur la vie et carrière de personnalité du sport qui ont révolutionné la pratique de leur discipline ou tout du moins la vision que les gens avaient de celle-ci. Ainsi, votre site Sport Lifestyle a décidé de s’attaquer à une discipline peu médiatisée et qui fait souvent plus office de loisir pour vacanciers: Le tennis de table. Si ce sport de raquette semble avoir été inventé par et pour les Asiatiques et notamment les Chinois, des joueurs européens comme Timo Boll, Jean-Philippe Gatien ou Jean-Michel Saive ont démontré qu’il y avait la place pour battre de temps à autres ces satanés « pongistes au yeux bridés ». Mais avant tout cela, il y en a eu un qui par son jeu, son charisme et enfin son sens des affaires a changé les mentalités dans le monde du ping-pong. Aujourd’hui décédé, E-TV Sport revient sur ce champion qui n’a jamais voulu joué avec des raquettes en mousse, qui a gagné le championnat des USA de hardbat à l’âge de 67 ans et qui a fait une tournée avec les Harlem Globetrotters…En clair, un monstre du sport!

Une vie de vedette

Martin Reisman, fils d’un chauffeur de taxi, né à New-York dans le quartier de Manhattan le 1er septembre 1930. A l’âge de 9 ans, le jeune Marty est victime d’une dépression nerveuse et se met alors à jouer au ping-pong car il trouve ça apaisant. A 13 ans, il est le champion junior de sa ville et décide alors de jouer contre de l’argent au Lawrence’s Broadway Table Tennis Club situé entre la 54ème rue et Broadway, un tripot avec des impacts de balle sur les murs. Puis, un peu plus tard, il fera des exhibitions à travers toute l’Angleterre avec une équipe de 3 joueurs. De 1949 à 1951, Marty et un autre joueur, Doug Cartland, firent le tour du monde en compagnie des célébrissimes Harlem Globetrotters afin d’assurer leur première partie. De son propre aveu, il s’agira d’une expérience exceptionnelle qui lui permettra de s’imprégner de nombreuses cultures que cela soit au niveau de la gastronomie, de l’art ou même de la mode. Ainsi, il aura l’occasion de jouer devant les plus grands de ce monde: des rois, des présidents et également le Pape Pie 12. Reisman deviendra également ami avec la légende de l’athlétisme Jesse Owens puis se produira dans le stade olympique de Berlin devant près de 75000 personnes ce qui reste aujourd’hui la plus grande affluence pour un match de ping-pong. 

Un palmarès digne des plus grands et garant du Harbdat

Marty a été Champion des États-Unis par équipes en 1948, deux fois champion des États-Unis en simple en 1958 et 1960, vainqueur de l’Open d’Angleterre en 1949 à l’âge de 19 ans face à la légende du tennis de table Viktor Barna, deux fois vainqueur de l’US Open en 1958 et 1960, médaille de bronze en Simples Messieurs aux Championnats du monde de tennis de table en 1949, et deux fois médaille de bronze aux Championnats du monde par équipes de tennis de table en 1948 et 1949. Son plus beau fait d’arme arrive en 1997. Alors âgé de 67 ans, Reisman devient le joueur le plus vieux à remporter un championnat national dans un sport de raquette.

Mais ce qui a entre autre fait la renommée du joueur américain est le fait qu’il n’acceptera pas de passer aux raquettes munies d’un revêtement en mousse. Introduit lors du championnat du monde de 1951 par le futur champion, le Japonais Hiroji Sato, Reisman mènera une croisade contre ce type de revêtement trouvant que celui-ci dénaturait le tennis de table en permettant de donner des rotations importantes aux balles, faisant ainsi primer le matériel par rapport au jeu lui-même. Il déclarera: « Avant, il y avait un dialogue entre deux joueurs et même un enfant de 6 ans pouvait alors comprendre la différence entre l’attaque et la défense ».

Il devient alors et ce jusqu’à la fin de sa vie (il est décédé le 7 décembre 2012) la figure du proue du « Hardbat » et n’acceptera de jouer qu’avec un revêtement fait de papier de verre dont il dira que « cette raquette est la plus pure reflection de l’habileté d’un joueur ». Pendant près de 20 ans, Reisman officiera au « Riverside Table Tennis Courts » situé entre la 96ème rue et Broadway. Cet endroit deviendra aussi célèbre, dans l’univers du tennis de table, que le Stillman’s Gym dans les combats payants. Parmi les réguliers du lieu, on retrouve l’acteur Dustin Hoffman, l’écrivain Kurt Vonnegut, l’acteur-réalisateur David Mamet et les violonistes du Metropolitan Opera. Le joueur d’échec Bobby Fisher a trouvé la rigueur des échecs dans cette salle. 

Un sacré personnage au style inimitable

Surnommé « l’aiguille » (« The Needle ») du fait de sa maigreur et de sa blancheur, Marty Reisman a voyagé dans le monde entier pour défier des maharadjahs et des stars de cinéma gagnant assez pour devenir 3 fois millionnaires et perdant assez pour devenir 3 fois un ancien millionnaire. Mais pourquoi donc, taper la balle contre ce joueur était-il si jouissif? Tout simplement par son niveau élevé ainsi que par un charisme le caractérisant. Muni d’un Panama ou d’un Borsalino associé à des vêtements flashis et tendances, il avait un style bien à lui. Puis il y avait aussi l’attitude. Ainsi, avant chaque match, il se saisissait d’un billet de 100 dollars afin de vérifier la hauteur du filet. Il s’exprimait rapidement toujours en promouvant ce qu’il appelait « le mythe Reisman ». Son tour préféré était celui de fendre une cigarette en deux au bord de la table grâce à la balle de ping-pong. Si le pari était assez important, il pouvait décidé de jouer assis, si le pari était très important, il jouait avec un bandeau sur les yeux.

En 1974, il écrira son autobiographie intitulée « The Money Player » dont les droits seront vendus pour près de 100 000 dollars. Il est clair que la vie exceptionnelle de l’une des plus grandes et inconventionnelles stars du sport mériterait d’arriver un jour sur grand écran. Pour conclure, voici ce que disait souvent Marty Reisman: « J’ai construit une carrière autour d’un sport qui se joue normalement à la cave à côté du lave-linge. Une drôle de façon de vivre sa vie »!

Fact or Fiction : The Life and Times of a Ping Pong Hustler [TRAILER] from UMI on Vimeo.

  • Francis

    En fait, Marty Reisman a accepté une fois de jouer avec une raquette à mousse. C’était contre Bob Gusikoff, à l’US Open en 1960 je crois, et il l’a regretté toute sa vie. Il détestait les sensations des revêtements à mousse, car il ne « sentait » pas la balle dans la raquette. C’est aussi pour ça qu’il s’est tourné vers le sandpaper (raquettes recouvertes de papier de verre) à la fin de sa vie, parce qu’il trouvait que c’était le jeu le plus pur, avec un contact très direct entre la balle et la raquette.