Dossier

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Lorsque l’on évoque le tennis féminin à l’heure actuelle, certains noms nous viennent directement à l’esprit comme Serena Williams ou Maria Sharapova. Toutes les deux des grandes championnes, Serena et Maria sont de véritables stars à travers le monde grâce à leurs résultats sur les courts ainsi que leur personnalité ou encore leur plastique (n’est-ce pas Maria). Aujourd’hui, le tennis est le sport le plus médiatisée au féminin ce qui engendre des gains en tournoi très importants et équivalent à ce que gagnent les hommes. Néanmoins, comme dans n’importe quelle autre discipline sportive, cela n’était pas gagné d’avance. Et si des Serena ou des Maria peuvent s’enorgueillir de gagner aussi bien leur vie que Roger ou Rafael, c’est le fait d’une de leur prédécesseuse, une certaine Billie Jean King. En effet, cette légende de la petite balle jaune des années 60-70 a énormément oeuvré pour que la femme est la place qu’elle mérite dans le tennis et elle est devenue l’une des figures emblématiques du féminisme mondial. Ainsi, le premier trailer du film « Battle of the Sexes » vient de se dévoiler et celui-ci nous ramène en 1973 lorsque Billie Jean King avait affronté sur un court de tennis, Bobby Riggs, un ancien vainqueur de Wimbledon mais surtout un macho invétéré. Avec Emma Watson et Steve Carrell dans les deux rôles principaux, ce long-métrage revient donc sur un des matchs les plus médiatisés de l’histoire du tennis mais également sur un moment phare de l’histoire du droit des femmes.

De ce fait, E-TV Sport s’est penché sur le parcours de cette « grande Dame » du tennis!

Une légende du tennis

Née le 22 novembre 1943 à Long Beach en Californie, Billie Jean Moffit est élevé dans une famille conservatrice et méthodiste. Elle débute le tennis sur les courts publics près de chez elle. Très vite la presse s’intéresse à cette championne en puissance comme Bob Martin qui écrira sur les succès de la jeune Billie Jean dans sa rubrique du « Long Beach Press Telegram ». Puis viens le temps des résultats et des titres. Cette adepte inconditionnelle du service-volée s’est imposée six fois à Wimbledon, entre 1966 et 1975, quatre fois à l’US Open (1967, 1971, 1972, 1974) et une fois en Australie (1968) et à Roland-Garros (1972), soit la bagatelle de 12 titres du Grand Chelem sans oublier ses 7 Fed Cup remportées avec l’équipe américaine. La tenniswoman américaine a été cinq fois numéro 1 mondiale en simple entre 1966 et 1974 et a été membre du top 10 pendant dix-sept années au total, elle a également été numéro un en double pendant douze saisons (un record), dont huit avec Rosie CasalsAu total, elle a enlevé 71 tournois en simple et 101 en double et reste la joueuse la plus âgée à avoir remporté un tournoi en simple, à Birmingham, en 1983, à 39 ans et demi. A ajouter sur son CV impressionnant: Billie Jean fut la première femme à être élue sportive de l’année aux Etats-Unis par l’hebdomadaire Sports Illustrated, une décision révolutionnaire à l’époque!

American Masters: Billie Jean King

COPYRIGHT ARTHUR COLE Goolagong-king

Une Femme engagée sur tous les terrains

Mais cette impressionnante série de résultats n’explique pas la raison pour laquelle Billie Jean King s’est retrouvée catapultée par le magazine Life parmi les 100 Américains les plus importants du XXe siècle. En effet, de meilleure joueuse de tennis du monde dans les années 1970, elle est devenue une passionaria de la lutte pour l’égalité hommes-femmes dans le sport, puis, plus tard, une icône du combat pour la cause homosexuelle. 

Car c’est autant sur le terrain du militantisme que sur les courts de tennis que Billie Jean King, née Moffitt, a bâti sa légende par le biais notamment de l’obtention de la parité en matière de gains à l’US Open dès 1973, année où la championne, Margaret Court, reçut le même chèque de 25.000 dollars que le champion, John Newcombe. Pour arriver à ses fins, King, alors meilleure joueuse du monde, avait menacé de ne pas participer au tournoi. Trois ans plus tôt, en 1970, à la tête d’un groupe de huit autres joueuses, elle s’était déjà rebellée contre l’ordre amateur qui prévalait alors chez les femmes quand le professionnalisme était devenu la norme chez les hommes en 1968. Par provocation, ces neuf suffragettes, qui n’avaient pratiquement pas le droit de toucher le moindre sou en compétition, signèrent symboliquement un contrat professionnel de 1 dollar auprès d’un promoteur. La Fédération internationale de tennis n’osa pas les sanctionner.

Ce coup de force déboucha sur la création du circuit Virginia Slims et de la WTA (Women’s Tennis Association), l’association des joueuses, dont Billie Jean King fut naturellement la première présidente de 1973 à 1975. King qui, pour l’anecdote, devint aussi la première sportive de l’histoire à amasser plus de 100.000 dollars au cours d’une même année.

Billie Jean King ne s’est pas arrêtée là. Sa première relation, avec Marilyn Barnett, sa secrétaire, tourna au scandale en 1981 quand celle qui fut sa compagne en secret pendant 10 ans révéla publiquement que la sextuple championne de Wimbledon était homosexuelle et qu’elle la traînait devant la justice pour des raisons financières. «En quelques heures, j’ai perdu tous mes contrats, avoua celle qui fut la première sportive “outée” de l’histoire. Et tout cela m’a coûté au moins deux millions de dollars en frais d’avocats.» Ironie de l’histoire, Larry King, dont elle divorça seulement en 1987, se tint fidèlement à ses côtés lors du procès. Aujourd’hui, l’ancienne n°1 mondiale milite activement auprès de son ami Elton John dans la lutte contre le sida. C’est l’une des premières stars du sport à oser. En 2009, Barack Obama lui remet la Médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction civile américaine, saluant son courage et ses combats. Par ailleurs, le Président américain décide de l’intégrer dans la délégation officielle des États-Unis pour les Jeux olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi. La présence de Billie Jean King, homosexuelle notoire, sera la réponse des États-Unis aux lois homophobes promulguées en 2013 par le président russe Vladimir Poutine. 

American Masters: Billie Jean King

La « Bataille des Sexes »

C’est en 1973, enfin, que Billie Jean King, créatrice, avec son mari de l’époque, d’une fondation et d’un magazine dédiés aux sports féminins dispute l’un des plus célèbres matches de l’histoire du tennis. Si la lutte pour l’égalité a été l’éternel aiguillon de Billie Jean King et la « Bataille des Sexes » en a été le symbole lumineux en novembre 1973 quand elle releva le défi lancé par Bobby Riggs, un ancien vainqueur de Wimbledon. A 55 ans, Riggs, un habitué des diatribes misogynes, provoqua King, 30 ans, en affirmant qu’elle n’avait pas la moindre chance contre lui. Disputée à Houston, devant 30.473 spectateurs et sur les antennes d’ABC en prime time, la rencontre engendra une couverture médiatique digne d’une convention à la veille d’une élection américaine. 

Elle reste à ce jour la plus forte audience télévisée jamais enregistrée pour le tennis aux Etats-Unis avec plus de 50 millions de téléspectateurs.  En conclusion, citons Sheperd Campbell, ancien directeur de Tennis Magazine qui déclara en septembre 2013 à l’occasion du quarantième anniversaire de la « Battle: «Grâce à Billie Jean King, c’est devenu acceptable pour les femmes de suer et de se donner autant qu’un homme dans un stade. Elle a changé le sport féminin»!