hommage

Retoursurunmonstredusport:AyrtonSennadit« MagicSenna »

Lorsqu’une vedette nous quitte tragiquement au sommet de sa gloire, on dit souvent que cela participe grandement à la légende de celle-ci. Il suffit de prendre un acteur comme James Dean, décédé dans un accident de voiture alors qu’il était déjà une icône du cinéma, de beauté ou de mode, ou encore le Président Américain, John Fitzgerald Kennedy, assassiné lors d’un déplacement présidentiel à Dallas, ceux-ci sont rentrés dans l’Histoire et ont laissé une trace indélébile dans l’histoire de leur métier. En plus de leur charisme et de leur talent naturel, ils sont devenus des légendes que tout le monde connaît. Le sport aussi peut se targuer d’avoir ce genre de personnages dans sa gigantesque histoire. Et celui qui vient immédiatement à l’esprit est le pilote de Formule 1 Ayrton Senna. Fauché le 1er mai 1994 sur le circuit d’Imola, le Brésilien laisse derrière lui une technique de pilotage et une détermination à tout épreuve qui, aujourd’hui, force toujours le respect. Ayrton Senna, un monument de la F1 encore présent dans toutes les têtes 23 ans après!

Un enfant gâté par la vie

Issu d’une famille aisée, Ayrton Senna voit le jour le 21 mars 1960. Dès sa naissance, celui-ci sera destiné à devenir un pilote de course. La faute ou la chance (à vous de voir) à un père qui voudra vivre sa passion de la vitesse à travers son fils. En effet, dès l’âge de 4 ans, son père Milton lui fabrique un mini-kart pour que son jeune garçon soit le plus vite possible dans le bain. Malgré les nombreuses histoires de footballeurs brésiliens qui viennent des quartiers défavorisés, les « Favellas », Ayrton, lui, passe son enfance dans une grande maison blanche de la banlieue de Sao Paulo. Si son père, parti de rien, a fondé une importante société de pièces détachées automobiles, on ne peut taxer Ayrton d’être un gosse de riche. Le jeune Ayrton reçoit une éducation remplie de morale, de valeurs et où la médiocrité n’a pas sa place. S’il veut pouvoir assouvir sa passion du kart, il doit ramener des bonnes notes à la maison. C’est une condition Sine qua none!

D’une intelligence supérieure à la moyenne, Senna junior, est dilettante sur les bancs de l’école mais réussit tout de même à effectuer le travail demander en un minimum de temps grâce à une concentration de tous les instants. C’est surtout au volant de son kart qu’il montre toutes ses qualités ainsi que sa maturité précoce. A huit ans, chaque fois qu’il pleut, il tourne inlassablement sur le circuit d’Interlagos pour cultiver ses réflexes sur une piste détrempée et ne s’arrête qu’à la tombée de la nuit, trempé et transi de froid. Lorsqu’il débute la compétition à tout juste 13 ans, âge légal au Brésil, il possède ainsi des dizaines de longueurs d’avance sur tous les jeunes de son âge.

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Le Brésil devient vitre trop étriqué et le Vieux Continent va vite prendre le mesure de son talent. Inscrit au championnat du monde de karting 1978 qui se dispute sur la piste du Mans, Ayrton prépare soigneusement son entrée sur la scène internationale. Lorsqu’il débarque à l’usine DAP de Milan, il n’est encore qu’un pilote parmi tant d’autres, dont personne n’a entendu parler. Après quelques séances d’essai sur une piste inconnue dont il égale le temps de Terry Fullerton, le pilote maison multi tiré, on se précipite pour lui faire signer un contrat!  » Il ne pilote pas, il joue! Pour lui tout semble facile » se souvient le vétéran Irlandais. Pourtant Ayrton ne sera jamais champion du monde de karting.

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La F1 découvre un diamant brut

Il débute en Formule 1 en 1984 après avoir écoeuré la concurrence en Formule Ford puis en F3 en Grande-Bretagne. Sur une modeste Toleman, il va parfois tirer son épingle du jeu, comme lors du Grand-Prix de Monaco où sous le déluge il va fondre sur le leader Alain Prost (déjà prémonitoire) avant que la course ne soit stoppée.

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En intégrant l’écurie Lotus en 1985, il dispose d’une voiture compétitive et remporte ses premiers succès et ses premières poles. Il finit 4ème des championnats du monde de 1985 et 1986. C’est aussi à cette époque qu’il se frotte à Nigel Mansell pour la victoire. Au GP d’Espagne en 1986, il bat Nigel pour 0’014s, le plus petit écart de toute l’histoire de la F1. En 1987 intervient le premier clash entre les deux pilotes à Spa en Belgique. Le pilote britannique rate son envol et lorsqu’il essaie de repasser le Brésilien, c’est l’accrochage inévitable. Mansell revient furax aux stands et frappe le pauvre pilote Lotus dans les parties. Tout ceux qui ont participé à la scène sont consternées. Pendant sa période Lotus (1984-1987), il totalisera 6 victoires (2 par an) et 22 podiums.

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La rivalité avec Prost

En 1987, il monte sur le podium mondial avant d’être choisi par Alain Prost lui-même pour devenir le second pilote de l’écurie McLaren. La saison 1988 est celle de tous les succès pour Ron Dennis, le patron de McLaren. Ses deux pilotes, Alain Prost et Ayrton Senna, remportent 15 des 16 courses disputées. Seul Gerhard Berger sur Ferrari gagne un Grand Prix, en Italie. Évidemment, le titre mondial n’échappe pas à l’un des deux. Seuls les onze meilleurs résultats comptent pour l’attribution du titre afin d’inciter les pilotes à chercher la victoire sans pénaliser outre mesure les casses mécaniques. Senna compte huit victoires et trois secondes places contre sept victoires et quatre secondes places pour Prost, ce qui lui permet de remporter son premier titre mondial malgré un nombre de points inférieur. Le Brésilien décroche le titre à Suzuka au Japon, lors de l’avant-dernière épreuve du championnat. Après avoir manqué de caler sur la grille, il entame une remontée et gagne la course. 

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En 1989, Prost prend sa revanche sur Senna en lui ravissant le titre de champion du monde. Si 1988 était une saison d’entente cordiale et de respect mutuel entre les deux équipiers, 1989 est celle de la polémique. La guerre psychologique explose désormais au grand jour. Prost, depuis longtemps installé dans l’écurie, insiste sur le fait qu’il a lui-même donné son accord pour la venue de Senna et considère que la réputation du Brésilien est surfaite. Jouant de son influence, le pilote français veut montrer qu’il est le meilleur. Senna débauche alors l’homme d’affaires de Prost, Julian Jakobi, tandis que Prost se tourne alors vers la presse pour dénoncer un traitement de faveur pour son équipier et rival brésilien.

Les rapports entre les deux hommes s’enveniment et aboutissent à l’accrochage du Grand Prix du Japon, avant-dernière épreuve de la saison. Qualifié en pole position, Senna se fait pourtant déborder par Prost au départ. Au quarante-septième tour, le Français résiste à une tentative de dépassement de Senna à l’entrée d’une chicane, ce qui provoque l’accrochage. Senna repart en court-circuitant cette chicane et remporte la course mais est disqualifié pour avoir été poussé par les commissaires et avoir court-circuité la chicane. Prost, suite à la disqualification de son rival, décroche son troisième titre mondial.

Prost parti chez Ferrari en 1990, la lutte reprit de plus belle entre les deux hommes et aboutit sur un nouvel accrochage, toujours à Suzuka. Senna est irrité que l’auteur de la pole position soit placé sur le côté poussiéreux de la piste (conformément au marquage au sol du circuit de Suzuka à cette époque). Refusant de laisser la pole à Prost pour être sur la partie propre de la piste, Senna joue le jeu aux essais qualificatifs et signe le meilleur temps devant le Français. À l’époque Senna prétendra avoir rencontré les officiels du circuit de Suzuka avec Gerhard Berger et avoir reçu la confirmation que la pole serait changée de côté. Mais cela n’a jamais été confirmé. Dès lors le scénario tant redouté se produit : au départ, Senna patine et voit Prost profiter de la trajectoire remplie de gomme pour s’envoler en tête. Senna éperonne alors volontairement Prost à l’abord du premier virage, à haute vitesse, s’octroyant ainsi son deuxième titre mondial. Simple revanche de l’accrochage de 1989 pour les uns, manœuvre folle et antisportive pour les autres, l’accrochage de 1990 acheva de faire de Senna l’un des pilotes les plus controversés de son temps.

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 Le drame du 1er mai 1994

Ce dimanche 1er mai, il règne une odeur de mort sur le circuit d’Imola, à Saint-Marin. Le vendredi précédent, le Brésilien Rubens Barrichello y échappe de peu après un accident d’une violence incroyable. Senna est le premier son chevet à l’hôpital quelques heures plus tard, les larmes aux yeux. Le samedi, c’est Roland Ratzenberger qui voit sa monoplace lui échapper, à 314km/h. Transporté à l’hôpital de Bologne, il est déclaré mort peu après. Se pose alors la question du déroulement du Grand Prix. Il aura malheureusement lieu. Les traits tirés, la mine contrariée, Senna est ailleurs en ce jour férié. Certains parleront de problèmes sentimentaux avec son amie Adriane Galisteu, d’autres argueront qu’il ne voulait pas courir car il avait peur. Toujours est-il que pour la première fois de sa carrière en F1, il enlève son casque jaune une fois sur la grille de départ. Un signe du destin, car il s’agira du dernier. Au 8e tour, sa Williams-Renault file tout droit dans le mur de Tamburello. Aucune erreur de pilotage à mettre au compte du Brésilien, la faute serait à imputer à une casse de la colonne de direction. Intact au niveau du corps, Senna a été touché à la tête par le triangle de suspension de la Williams qui a traversé son célèbre casque jaune. Si la pièce était passée quelques centimètres au-dessus, Ayrton Senna Da Silva, 34 ans, triple champion du monde, serait rentré tranquillement à pied à son stand. Si seulement…